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    "Je dois surtout vous mettre en garde contre le rire et, si je pouvais vous souhaiter quelque chose de tout coeur, c'est qu'on puisse souvent vous voir sourire, mais jamais vous entendre rire. Un rire fréquent et fort est une marque de stupidité et de mauvaise éducation, c'est la façon dont la populace exprime sottement sa joie pour des choses sottes. Pour moi, il n'existe rien d'aussi intolérant, d'aussi mal élevé qu'un rire sonore."

    Lord Chesterfield, Lettres à son fils


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    "Une bonne servante doit être fidèle, farouche et laide."

    Erasme


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    "Erection: Ne se dit qu'en parlant des monuments."

    Gustave Flaubert: Dictionnaire des idées reçues. 


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    "Il n'y a pas de plus ancienne noblesse que les cultivateurs, les piocheurs et les fossoyeurs. 

    C'était le métier d'Adam."

    William Shakespeare : Hamlet, acte V, scène 1. 


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    "Si l'on ôtait de la vie tout ce qu'il y a de vain et de frivole, il y resterait si peu de choses, que cela ne vaudrait pas la peine de le regretter."

    Madeleine de Scudéry


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    "Il faut embrasser beaucoup de grenouilles avant de trouver un prince."

    Phrase brodée sur un coussin du lit de la feue princesse Diana. 


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    "L’opinion admise que le panthéisme nous incite à l’indifférence est injuste. Au contraire, la prise de conscience de sa propre divinité incitera l’homme à la transmettre et à la répandre et c’est seulement à ce moment-là, que les actes nobles de l’héroïsme véritable exalteront notre monde.

    Or la révolution politique, basée sur les principes du matérialisme français, ne trouvera pas forcément des adversaires chez les panthéistes, mais plutôt des sympathisants : des sympathisants qui ont puisé leur conviction dans une source plus profonde, voire une synthèse religieuse. Nous ne stimulons guère le bien-être de la matière, le bonheur matériel des peuples, en se moquant de l’esprit comme le font les matérialistes, mais parce nous savons que la divinité de l’homme s’exprime aussi dans son apparence physique : que la misère détruit et dégrade le corps, l’image de Dieu, et que de ce fait, l’esprit sera également anéanti. La plus importante des paroles révolutionnaires, prononcée par saint Justin : "Le pain est le droit du peuple", se transforme chez nous en : "Le pain est le droit divin du peuple". Nous ne nous battons pas pour les droits humains du peuple, mais pour les droits divins de l’homme. Ici, et dans beaucoup d’autres choses encore, nous nous différencions des hommes de la Révolution. Nous ne voulons pas être des sans-culottes, des bourgeois sobres, des présidents bon marché : nous constituons une démocratie des dieux qui seront tous aussi gracieux, célestes et bienheureux. Vous voulez des vêtements sommaires, des mœurs rangées, des jouissances sans épices ; cependant, nous, nous voulons du nectar et de l’ambroisie, des manteaux de couleur pourpre, des odeurs précieuses, de la volupté et de la magnificence, des nymphes dansantes et riantes, de la musique et des comédies. –

    Ne soyez donc pas en colère, républicains vertueux ! Nous répondons à vos reproches et censures comme ce bouffon de Shakespeare : Trouves-tu que tous les gâteaux et vins délicieux doivent être bannis de cette terre, parce que tu es toi-même si irréprochable ?"  

    Par Heinrich Heine. Extrait de Der Salon. Deuxième Partie (Zur Geschichte der Religion und Philosophie in Deutschland) 1835 

    Traduction par moi-même. 

     


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    Selon Nelly Kaprélian, dans un article publié sur www.lesinrocks.com., le critique littéraire n'a qu'une consolation : être snob « comme un pot de chambre ». En étant elle-même (critique littéraire et snob), elle nous dévoile cinq snobismes essentiels.

    Snobisme n° 1 : Philip Roth : « Car Philip est très difficile quant aux interviews qu'il donne (avec parcimonie) à la presse française ». Ainsi, un dîner avec cet écrivain vous place forcément parmi les snobs littéraires les plus convoités. Ou, « Encore plus chic : conserver une mèche de ses cheveux dans son agenda... »

    Snobisme n° 2 : Il faut lire très, très vite :  "J'ai relu Guerre et Paix la nuit dernière." Notez également que le critique ne lit jamais des classiques, il les relit.

    Snobisme n° 3 : Aimer les autres critiques littéraires, « même s’il a des réserves » et qu’il trouve son confrère peu crédible.

    Snobisme n° 4 : Aimer les écrivains morts, puis, éventuellement, écrire un livre sur son auteur défunt préféré, qui s’appellera "mon Voltaire »,  "mon Rousseau", "mon Pascal" ou encore "mon Hemingway".

    Snobisme n° 5 : toujours avoir « son petit quelque chose à dire » sur les nouveaux livres de Christine Angot et Philippe Sollers : « Avec Sollers, c'est ultrasimple : il est toujours d'un goût exquis d'en dire du bien. Mais Angot... Faut-il continuer à en dire du mal ? Où en est la tendance exactement ? »

    En effet, ce n’est pas simple de connaître les tendances actuelles, maintenant que le snobisme des salons littéraires tenus par quelque femme du monde, qu’ils soient Rive-Gauche ou Rive-Droite, académiques ou avant-garde, appartient au passé.  


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    Extrait de Snob Appeal - Lo Snobismo dei Sensi

    « Toutes les femmes fidèles sont des enquiquineuses. Elles vous enquiquinent parce qu’elles n’ont pas eu l’occasion d’être infidèles, ou bien parce qu’elles l’ont laissée passer. » écrit l’auteur américaine Dawn Powell dans sa nouvelle The Locusts Have No King (Les sauterelles n’ont pas de roi) en 1948.

    Il faut toutefois observer que l’infidélité fut longtemps réservée à l’aristocratie et que seulement les dames bien nées n’avaient pas besoin d’excuses pour leurs escapades amoureuses. Prenons l’exemple de Madame Bovary qui était, à sa sortie, considéré par la bourgeoisie comme un roman pornographique. En effet, ce qui se passe entre Emma Bovary et Léon pendant les quatre heures où ils se trouvent en calèche pour Rouen semble évident. Le plaisir d’amour, « cette fièvre de bonheur », ce « quelque chose de merveilleux, où tout serait passion, extase, délire… » finit par « toutes les platitudes du mariage ». Car Emma, grande snob, s’ennuie, du début jusqu’à la dernière page du roman. Appelé Histoire des adultères d’une femme de province par l’avocat impérial dans son réquisitoire, celui-ci accuse: « La médiocrité domestique la poussait à des fantaisies luxueuses, les tendresses matrimoniales en des désirs adultères ». Dans sa plaidoirie, Me Sénard, l’avocat de Gustave Flaubert, répond : « Quand on nous les montre heureuses, charmantes, enveloppées de mousseline, présentant une main gracieuse à des comtes, à des marquis, à des ducs, que souvent elles répondent elles-mêmes au nom de marquises ou de duchesses : voilà ce que vous appelez respecter la morale publique. » 

     


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    « (…) J’étais assis à côté de Salomon Rothschild et il m’a traité tout à fait comme son égal, d’une manière tout à fait famillionnaire. »

    (Heinrich Heine, Bains de Lucques)

    Cette phrase, nous explique Sigmund Freud dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Heine l’a mise dans la bouche d’un personnage comique et très snob, un nommé Hirsch-Hyacinth, taxateur à Hambourg et valet de chambre chez le très distingué baron Cristoforo Gumpelino, dont les titres de noblesse sont cependant douteux. À bien des endroits, nous constatons que c’est Heine lui-même qui nous parle, qu’il s’agit d’une auto-parodie. Hirsch expose par exemple les raisons pour lesquelles il a abandonné son ancien nom et se donne celui d’Hyacinth. « En outre », poursuit-il, « j’ai encore l’avantage d’avoir déjà un H sur mon sceau et donc ne pas avoir besoin de m’en faire graver un nouveau. »  Or cette même économie, Heine lui-même l’avait faite lorsqu’à l’occasion de son baptême (il devient catholique à vingt-sept ans), il avait changé son prénom « Harry » contre celui de Heinrich.

    Heine avait également un oncle du nom de Salomon qui était le riche de la famille et qui joua donc un rôle essentiel dans la vie de l’écrivain. Toutefois, ce qui dans la bouche de son personnage pourrait être considéré comme un snobisme (il se sent flatté que son oncle le traite comme son égal), révèle vite à l’arrière-plan une réelle amertume dès que nous l’imputons à son créateur. Nous savons par exemple qu’Heine avait le désir d’épouser l’une des filles de cet oncle. Or sa cousine le repoussa.  Si Heine emploie le mot « famillionnaire » c’est pour signaler que son oncle le traitait toujours « en parent pauvre ». L’écrivain en soufra toute sa vie. Et Freud ajoute : « C’est sur le terrain d’un tel état subjectif d’émotion qu’à pris naissance par la suite le mot d’esprit « famillionnaire ». 

    En conséquence, si vous, vous avez une tante ou un oncle qui vous accueille et reçoit de cette manière, parlez-en vite à votre psy. 





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