• Mouches snobs (2)

    Estimez-vous heureux !  Vous qui vous plaignez inlassablement de la manière dont vous êtes servis par le personnel des restaurants Costes ! Vous qui condamnez la façon dont certaines vendeuses et certains vendeurs dans les magasins de luxe vous accueillent (en fait, ils font ce que Freud appelle « un transfert » : ils deviennent l’objet qu’ils vendent ou se mettent carrément au même niveau que son créateur)! Vous qui regrettez le service et les gens de jadis, leur dévouement et leur soumission ! Songez un instant aux pauvres snobs à l’époque médiévale en Proche-Orient !  Ceux-ci n’avaient pas uniquement leurs employés habituels comme des cuisiniers, un gardien du trésor, des aboyeurs, des espions ou des danseuses à gérer. Leurs ménageries comptaient  également quelques gardiens de harem (dé préférence des eunuques qui étaient alors très prisés mais quasiment introuvables aujourd’hui), des poètes raffinés, des hermaphrodites et des mignons (pour le service rapproché), des esclaves « porte-ombrelle » ou encore des pages qui portent les chasse-mouches. Cessez donc de pleurnicher, vous qui n’avez qu’une Portugaise indomptable (pendant trois heures par semaine) à diriger ! Fi !

    Dès le IX. siècle, l’élite ou « al-khassa » en langue arabe (retenez ce mot car il peut toujours servir), du plus grand souverain au plus petit des califes, disposait d’un personnel attitré à cette tâche : écarter les mouches. Se promener au souk sans son chasse-mouches le plus expérimenté était alors considéré comme un horrible faux-pas et un manque de savoir-vivre. Imaginez : chaque fois, avant d’entamer votre prière ou votre sieste, il fallait d’abord vérifier si votre chasse-mouches était en place et opérationnel. Avouez : cela vous aurait vite irrité !

    Au demeurant, si vous pensez que votre personnel, ou celui de votre établissement, a besoin de quelques leçons en bonne conduite, n’hésitez pas de nous contacter pour quelques mises au point, afin que vos gens sachent différencier les multiples variétés de snobs et du snobisme. Car en temps de crise, y incluant celle du « bon » personnel, nous avons autant (et même davantage) besoin d’images, d’objets ou de situations qui nous font rêver, de se sentir exceptionnel et respecté (en conséquence : de snobisme), que les Bourbons réclamaient la Restauration. Vive le retour du Roi Client !