
Trois petites mouches vieilles de seulement trois heures et demie,
Nées pourtant dans un haras huppé et foisonnant en Basse-Normandie,
Dans le box d’un pur-sang arabe appartenant à une baronne guindée,
S’y sentirent, à leur jeune âge, déjà très mélancoliques et ennuyées.
En effet, elles s’y lassèrent à en mourir, alors que faire ?
La vie étant très courte, elles firent des adieux rapides à leur mère,
Et, profitant de l’absence de leur paternel occupé sur un hippodrome dans le Pas-de-Calais,
Ces pubertaires insouciantes s’en allèrent pour la gare la plus près.
Pendant leur vol, elles frôlèrent la mort à cause d’une guêpe contrariée
Et échappèrent à deux doigts à un merle ventru qui souhaitait en faire son souper.
Enfin, exténuées, elles s’installèrent confortablement dans un wagon.
Sur une vitre ensoleillée en première classe car les trajets en train sont parfois très longs.
Ainsi, elles arrivèrent à la capitale, détendues, radieuses et énergiques,
Mais aussi, à cause d’un nombre de retards de la SNCF, fort faméliques :
Après un tartare chez les frères Costes, un peu trop frais à leur goût nonobstant succulent,
Elles firent encore une pause dans une poubelle d’une avenue chic du VIII. arrondissement.
Une petite sieste sur le balcon du Crillon leur semblait alors méritée et obligatoire:
Elles y rêvassèrent déjà à leur retour auprès de leurs semblables et à leur gloire :
Désormais elles seraient les mouches les plus snobs de l’écurie, peut-être même du Cotentin.
Mais à cause des grèves annoncées, il était primordial de ne pas manquer le dernier train.
« Et si on visitait le boudoir de Carla Bruni-Sarkozy? », suggéra la première réveillée.
« Pourri de chic ! », répondirent ses amies en chœur, songeant tant à leur renommée.
Alors, elles sautèrent sur un camion, en irritant fortement deux éboueurs sénégalais,
Mais arrivèrent toutefois, saines et sauves, en passant par l’ambassade américaine, au palais.
La fenêtre du boudoir de la Première Dame était entrouverte et hospitalière :
Par aubaine, elle était dépourvue de rideaux et d'abominables mousquetaires.
Nos copines entrèrent donc facilement et s’envolèrent vers une moulure au plafond,
D’où elles observèrent sa locataire ranger sa lingerie fine y mêlant des sachets odorants.
Quelques secondes plus tard, elles se posèrent sur les épaules de Madame Sarkozy
Espérant ainsi repartir dans le Cotentin, imbibées du même parfum que celle-ci.
Mais, ô malheur ! Nos amies sont mortes, asphyxiées, sur la coiffeuse de leur idole.
La morale de l’histoire est évidente: il n’y a pas que des déodorants en bombe aérosol.