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Le snobisme divin (3)

Il n’y a pas de doute : l’église catholique a toujours su faire du bon marketing. La richesse de son iconographie en est la preuve incontestable, sans omettre les reliques, car le commerce des ossements était un des plus florissants à une certaine époque. L’idée était géniale : avoir votre propre morceau de saint homme ou de sainte chez vous, à la maison. Le résultat était que maint saint ou sainte avait soudainement cinq pouces, onze oreilles et cinq jambes. C’est très logique : dès qu’un produit a du succès, il est imité. C’est l’envers de la médaille, mais, bonté chrétienne oblige, on peut aussi y voir un compliment : la copie n’est-elle pas la flatterie la plus ostentatoire pour son fabricant ou créateur? Or la religion catholique a toujours su que nous sommes des snobs et donc très sensibles aux armoiries, particules et titres de noblesse. Si quelqu’un a inventé les « royal warrants », c’est bien elle. Rien qu’en cliquant, au hasard, sur le nom de quelques saints sur Wikipedia, j’ai découvert tout un monde merveilleux de princesses, de rois, d’aristocrates petits et grands, volant, quelquefois littéralement, au secours de cette institution religieuse. Que les professionnels du marketing s’en inspirent inlassablement ! 

Un petit aperçu, donc. Pêle-mêle, car les classer par ordre chronologique, et c’est le cas de le dire, ça me prendra des siècles. Commençons par un échantillon des filles : Sainte Agathe, née au III siècle à Catane en Sicile, « dans une famille noble ». Sainte Agnès, qui rejette les avances du fils du préfet qui la courtisait avec empressement, lui déclarant qu'elle était déjà fiancée à quelqu'un de bien plus « noble » que lui. Sainte Barbara dont le père, un riche païen, l'enferme dans une tour faisant partie de sa demeure, ce qui suppose que la famille n’habitait pas une simple chaumière. Sainte Catherine qui naquit à Alexandrie « d'une famille de première noblesse ».  Sainte Christiane, venue au chevet de la reine de Géorgie, souffrante, qu'elle l'ait guérie : on en conclut qu’elle était dame à la Cour royale ou même bien une confidente. Tel est également le cas de Saint Ouen qui « vécut à la cour de Clotaire II et Dagobert I. . Sainte Clotilde fut le nom de « la deuxième épouse de Clovis, premier roi franc » qui se convertit au catholicisme. Sainte Odile était une « fille d'un duc d’Alsace » et  Saint Gertrude - dite sainte Gertrude de Nivelles- une « fille de Pépin de Landen ». Sainte Julienne de Nicomédie, également fiancée à un préfet de la ville qui désapprouve ses rejets : ainsi on présume qu’elle-même appartenait aussi à la « Haute » du royaume. Sinon, le préfet ne l’aurait vraisemblablement jamais remarquée.

Chez les garçons, on n’y va pas de la main morte non plus. Saint Bernard de Clairvaux : « Né dans une grande famille noble de Bourgogne ». Saint Ignace de Loyola, né en 1491 « dans une famille de la petite noblesse basque ».  Saint Charles Borromée naquit dans une famille aristocratique lombarde du XVI siècle : « Sa mère était une Médicis » précise-t-on. François d'Assise : « Issu d'une riche famille marchande d’Ombrie, il mène d'abord une vie de dissipée de jeune noble et rêve de devenir chevalier ». Saint Georges : « Né d'une famille illustre » et «élevé par l'empereur Dioclétien lui-même aux premiers grades de l'armée ». Henri II le Saint (ou le Boiteux) :  « Né en 973, duc de Bavière, roi d'Allemagne en 1002, couronné empereur romain germanique. Il épousa Sainte Cunégonde (!), fille du comte du Luxembourg ». Thomas d'Aquin : « né au château de Rocca Secca, dans le royaume des Deux-Siciles ». Saint Hubert: « issu d'un lignage apparenté aux Pépinides.»  Saint Josse, vénéré à la fois en Bretagne et dans le nord de la France : « Frère du roi breton Judicaël », qui, nous le précisons, est également proclamé saint. Le plus connu des Saint Louis demeure évidemment Saint Louis IX de France, béatifié sous le nom saint Louis de France. Mais il y a là aussi « Saint Louis de Toulouse (1274-1297), fils de Charles II d’Anjou, roi de Naples ». Un dernier exemple, car ce petit name-dropping nous a suffisamment prouvé que l’Eglise préfère les bienheureux au sang bleu : Saint Yves « est né au milieu du XIII siècle dans une famille noble au manoir de Kermartin sur la paroisse de Minihy-Tréguier ».

De nos jours, on vous invite à devenir membre de l’Association pour la béatification de l’impératrice Zita de Bourbon-Parme, la dernière des impératrices d’Autriche-Hongrie. L’association organise parfois des rencontres de réflexion et de prière à la paroisse Sainte-Elisabeth de Hongrie (75003 Paris), église conventuelle de l’Ordre de Malte, en présence, occasionnellement, de S.A.I.R. l’archiduc Rudolf d’Autriche, petit-fils du Bienheureux empereur Charles d’Autriche et de la bientôt Bienheureuse impératrice Zita. Sacrément snob! Avec ma bénédiction en prime ! Irrésistible !

 

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