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Jardinage snob

Dans notre univers de stress et de technologies rapides, le jardinage est un passe-temps qui aide à se relaxer. Autrefois, le jardin était le lieu favori des califes et sultans pour la sieste, en y ajoutant, selon l’humeur du moment, quelque méditation ou lecture philosophique. Le jardinage aussi est une activité « lente ». En effet, un arbre ne peut pousser plus vite en appuyant sur une télécommande. Et votre géranium n’aura pas plus de fleurs parce qu’il a 3.452 amis sur Facebook ! Or le jardinage peut nous amener à un état de sérénité, proche du stade méditatif. Toutefois, en accordant à la nature sa lenteur aristocratique, il faut aussi déboiser, désherber, bêcher, creuser, planter, fumer, râteler, arroser et tailler. Et surtout, je répète, il faut savoir patienter, car votre jardin ne peut céder à la vulgarité de la vitesse.

Par ces temps de paupérisme généralisé, alors que l’objectif actuel est de faire baisser le prix de la construction, de rogner des mètres cubes ou des mètres carrés, d’unifier au maximum tous les éléments et d’éviter les détails trop coûteux, de vendre des espaces « atypiques » ou d’inventer des formules tel le « souplex » (rez-de-chaussée avec son sous-sol), c’est vraiment une chance singulière que de vivre en province. Dans une vieille demeure, isolée des mondanités et des laideurs, tel l’idéal musulman, qui est de vivre derrière un mur sans fenêtre, comme dans ces fermes fortifiées construites en une période si pareille à la nôtre, où tout le monde se chamaillait.

Au XVI siècle, Noël du Fail, écrivain et juriste issu d’une famille de petite noblesse bretonne, par horreur des « brouillis du peuple », recommandait déjà que « chacun se retire en sa chacunière ». Les plus avantageux sont évidemment les propriétaires d’une chacunière tapissée de roses de Bengale, au milieu d’un cloître de charmilles taillées en voûtes d’arêtes et un vaste tapis de buis, véritable broderie découpée aux ciseaux, où tout n’est que noblesse de vivre. Et pendant les saisons froides, on s’installe au chaud dans son jardin d’hiver, au cœur de son orangerie, avec une volière baroque fréquentée par quelques oiseaux exotiques, entouré de plantes rares et onéreuses, en sirotant un rooibos bio. Ce blog vous a suffisamment démontré que le snob se soucie des arts (de la littérature à la peinture, de la musique au cinéma) : il n’est donc guère surprenant, qu’il soit sensible à l’art des jardins. Ainsi, les parcs et les jardins servaient souvent à épater leurs visiteurs. Des théâtres d’eau, des cascades, des grottes, des salons de treillage, des pilastres, des ruines, des statues, des balustrades, des contre-allées : dans le domaine du jardinage, le snobisme est illimité. Chaque jardinier est un Le Nôtre en herbe. 

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