
Enquête snob : Igor Micelli, compositeur et flâneur.
Etes-vous snob ? Si oui, plutôt un snob « positif » (24h/24) ou plutôt « relatif » (à certaines occasions, si oui lesquelles) ?
I.M. : Absolument! Et j'ose même dire que mon snobisme est à l'origine d'un TOC (trouble obsessionnel compulsif) « vendredi ». Par exemple, si je bois du Perrier-Jouët un vendredi, il faut que ce soit en cristal de Bohème, mais si je le bois un lundi, pour une question d'austérité, j’opterai pour du Baccarat épais. Il en est de même pour l'habillage ou l'organisation de mon agenda : le vendredi tout est plus solennel. Le snobisme est une sorte de cage dorée Boucheron avec des pierres des Indes orientales et fourrée de soie de Chine brodée au fil d'or afghan. Parfois elle est trop dorée, j’ajouterais alors un élément en bois tempéré de culture équitable suédoise afin qu’elle soit plus modérée.
Est-ce qu’on vous a déjà qualifié de snob ? Comment avez-vous réagi ?
I.M. : Je me suis toujours senti snob, sans le savoir : c'était à l'âge de 15 ans, au lycée, lors d'un cours de mathématiques, si je me souviens bien, j'écrivais une poésie dadaïste, et je tenais ma main levée de façon délicate, comme pour avoir une connexion mystique avec Tristan Tzara et Kurt Schwitters. A ce moment-là, un élève assis derrière moi, en me voyant, me posa la question suivante: "Igor, es-tu un snob?". Je ne savais pas vraiment ce que cela signifiait. Il m'a dit que c’était la manière de tenir mes mains. En conséquence, je lui ai répondu: "Oui, je crois." Depuis ce jour j'ai une identité : me voilà rassuré.
Quel est le snobisme que vous supportez le moins ? Quel genre de snobs vous évitez ?
I.M. : Ce serait le snob bling-bling, celui que je ne supporte le moins voire point du tout! Je ne le considère pas vraiment comme un snob, mais plutôt comme un innocent, un sot ; ou comme évoqué par le personnage de Fanny Ardent dans le film "Ridicule" de Patrice Leconte: « Nous sommes trop à table ce soir, il nous faudrait un joli ridicule parmi nous pour nous égayer. » Donc il ne rentre pas dans le modèle du snob. Quant aux hipsters ou bobos : j'aime les haïr. Toutefois, chaque snob cache un petit côté hipster (dans les bonnes propositions, bien entendu). Un type de snob qui m'agace profondément est le snob sans gluten : un nouveau spécimen dans la faune urbaine contemporaine. Il possède le pire du nouveau riche et du hipster avec une pincée de prêcheur biblique, une sorte de Messie du paradis de la cuisine équitable.
Quel snobisme vous pratiquez régulièrement?
I.M. : J’en pratique plusieurs, voyons! Je suis une personne sujette au TOC snob !
Qui est selon vous le personnage le plus snob de notre Histoire (mort ou vivant)?
I.M. : Stephen Fry et/ou Oscar Wilde (de toute façon les deux sont la même personne).
A combien estimez-vous le pourcentage de vos amis qui sont snobs?
I.M. : Très haute, je ne saurais pas dire exactement combien. D’ailleurs, il se peut que ce soit moi qui cherche à être entouré constamment de snobs et de leurs amis, et que peut-être ils ne soient pas forcément tous à la hauteur du snobisme lui-même. Ce qui est certain : je suis très éclectique quant à mes fréquentations. Ainsi chaque personne qui en fait partie possède un snobisme tout particulier.
C’est quoi pour vous le « comble » du snobisme ?
I.M. : S'auto-snober est le comble du snobisme à mon avis, mais aussi le nirvâna du snobisme. Je compare beaucoup le snobisme à un autre "isme", le bouddhisme, car les deux prient l'abandon de soi.
Quel est votre « petit » snobisme à vous ?
I.M.: Écouter du Justin Bieber dans mon boudoir, habillé d'un kimono japonais avec des éventails brodés et en mangeant des Raffaello tout en m'adonnant aux plaisirs solitaires que cette musique puisse proportionner.