• Rassurez-vous : personnellement, j’en commets quasiment tous les jours ! Pardieu ! Ce n’est pas évident pour un étranger de sentir toutes les nuances et finesses de votre vocabulaire. Pour vous, la différence entre "mensuration" et "mesure" ou entre "haute tension" et "hypertension" est sans doute élémentaire, mais pour moi, elle ne l’est pas. Même Rachida Dati en est dupe! Je vous ai déjà fait part de la distraction de ma mémoire qui m’empêche de pratiquer le name-dropping à sa juste valeur (je n’ai, par ailleurs, toujours pas retrouvé le nom de mon amie la princesse italienne). Par surcroît, les people deviennent de plus en plus éphémères ; ajoutez à cela leurs noms parfois imprononçables et le nombre de structures aux abréviations semblables : peut-on m’en vouloir  de confondre une entreprise dont les activités sont la promotion et le suivi des paris sur les courses de chevaux avec un parti politique, ou une actrice ou un ministre avec une famille de vos (nombreuses) fromages de chèvre ? Pauvre de moi !

    C’est qu’il faut s’y connaître bigrement ! Tenez, par exemple, j’ai cru pendant des années qu’il existait des automobiles de la marque OOOO. Je me suis bien sûr demandé si cela était une abréviation, ou juste un nom au hasard (que je trouvais d’ailleurs plutôt original). Mais à chaque fois que j’interrogeais une connaissance intime à ce sujet (je dois vous avouer, que je ne suis pas un snob à voitures : je n’ai, pour des raisons tangibles, même pas le permis nécessaire pour piloter une telle mécanique), celle-ci n’avait pas la moindre idée de quoi je parlais.  C’est alors, en croisant un de ces engins – qui ont l’air fort confortables – sur une autoroute, qu’un bon ami m’informa qu’il s’agissait de la marque Audi et que les quatre « O » alignés n’étaient qu’une sorte d’emblème, un accessoire de carrosserie. J’aurais préféré garder mon appellation à moi : de Audi à Aldi, il n’y a qu’un minuscule petit pas…

    Entre-nous, je m’en préoccupe vraiment très peu, de mes maladresses verbales et vestimentaires. A quoi bon, à tout prix, vouloir suivre le protocole, jusqu’à ce que stress ensuive ? Vous, chères lectrices et chers lecteurs, vous savez bien qui je suis (en l’occurrence, un expert en snobisme) et les autres, ceux qui ne me connaissent pas, franchement, dois-je me soucier de leur opinion? C’est justement cette angoisse qui engendre maint faux-pas, surtout chez les snobs en herbe ! Alors que le laisser-aller et l’apathie sont toujours de bon ton chez les avancés. Souvenez-vous du scandale créé par le Duc de Windsor, lorsqu’il porta des chaussures en daim avec un costume bleu. A un ignorant qui lui signalait cet impair, un ami du duc répondit : « It would be a wrong if it were a mistake. But the Duke knows better, so it’s all right. » Une des plus charmantes étourderies de son frère, Georges VI (dont le mariage avec une roturière fut toutefois considéré comme « un geste de modernité » et non d’un faux-pas exécrable): un jour, en contemplant les peintures de John Piper, peintre renommé et spécialisé dans les tempêtes de mer, il lui dit : « Vraiment dommage que vous ayez toujours un temps misérable… ».

    En résumant: chaque faux-pas peut être anéanti par la notoriété de celui qui le commet et est incontestablement un moyen permettant d’être remarqué. Certains people en manque d’attention les pratiquent d’ailleurs inlassablement, et souvent d’une manière assez vulgaire. Généralement, il s’agit de "faux" faux-pas (et donc vraiment pas snobs pour un kopeck), afin d’appâter les journalistes. Les pannes rhétoriques (et sincèrement naïves) dans les discours d’Heinrich Lübke, président de la République fédérale d’Allemagne de 1959 à 1969, comptent cependant parmi les embarras politiques les plus célèbres dans la mémoire des Allemands de cette époque. Son faux-pas le plus mémorable date de 1962 en visite à Libéria, où il commença un discours avec les mots : « Mesdames, Messieurs, chers nègres…. » 

     

     





    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique