• Notez que le jardinage est souvent affaire de glossaire, plus que de botanique. D’abord, un véritable amateur s’exprime toujours avec des références latines. Soyez rassuré, ce penchant pour la langue de la décadence n’est pas immoral. Cela permet uniquement d’être plus détaillé dans la description de l’espèce. Quant au name-dropping « humain » : la liste des aristocrates pratiquant ce divertissement est très variée. La première altesse royale qui s’intéressa ouvertement à l’art du jardinage était un Electeur de Saxe, au milieu du XVI siècle. On y trouve aussi la princesse de Caraman-Chimay (qui conseilla longtemps la rédaction de Maisons et Jardins), Vita Sackville-West (grande amie de Virginia Woolf), la duchesse de Westminster (qui fut longtemps la conseillère de House and Garden en compositions florales), le prince Hermann von Puckler-Muskau (un dandy avant l’heure) ou encore le vicomte Georg Friedrich de Bade qui collectionnait des « Gartenmägdlein », des « petites vierges de jardin ». Il en possédait 160. Elles portaient toutes des uniformes de hussarde et le vicomte les punissait sévèrement lorsque leurs travaux de jardinage ne lui plaisaient pas.

    C’est au cours de la révolution industrielle du XIX siècle que le jardinage est devenu un passe-temps « populaire ». Londres était alors tellement polluée, que les classes moyennes commencèrent à installer des jardins ornementaux avec parterres de fleurs, buis et ifs, et même des plans d’eau, dans les banlieues. Depuis, l’horticulture est devenue un loisir à la mode et une détente pour les gens de tous milieux, y compris des snobs bobos et urbains.  Tout le monde aime plonger ses mains dans le terreau. Et pour ceux qui ne veulent pas abîmer leurs mains vertes, le Prince Jardinier a tout ce qu’il faut pour se ganter élégamment.

    Si vous n’avez pas le temps de vous instruire, alors embauchez tout simplement un architecte de jardin de bonne renommée ou séquestrez Stéphane Marie.  Il vous dira quelle végétation convient pour tel ou tel emplacement. Personnellement, je suis un grand amateur de fougères, de mousses, de lierres et d’espèces vénéneuses (bref, tout ce qui émerge dans les sous-bois ou dans les ombres des vieilles pierres), donc plutôt un jardin au nord. Mais si vous voulez qu’il vous esquisse une palmeraie, il est évident qu’il vous faudra un endroit plus ensoleillé. Ce n’est qu’une question de goût. Ou de carnation !

     


  • Dans notre univers de stress et de technologies rapides, le jardinage est un passe-temps qui aide à se relaxer. Autrefois, le jardin était le lieu favori des califes et sultans pour la sieste, en y ajoutant, selon l’humeur du moment, quelque méditation ou lecture philosophique. Le jardinage aussi est une activité « lente ». En effet, un arbre ne peut pousser plus vite en appuyant sur une télécommande. Et votre géranium n’aura pas plus de fleurs parce qu’il a 3.452 amis sur Facebook ! Or le jardinage peut nous amener à un état de sérénité, proche du stade méditatif. Toutefois, en accordant à la nature sa lenteur aristocratique, il faut aussi déboiser, désherber, bêcher, creuser, planter, fumer, râteler, arroser et tailler. Et surtout, je répète, il faut savoir patienter, car votre jardin ne peut céder à la vulgarité de la vitesse.

    Par ces temps de paupérisme généralisé, alors que l’objectif actuel est de faire baisser le prix de la construction, de rogner des mètres cubes ou des mètres carrés, d’unifier au maximum tous les éléments et d’éviter les détails trop coûteux, de vendre des espaces « atypiques » ou d’inventer des formules tel le « souplex » (rez-de-chaussée avec son sous-sol), c’est vraiment une chance singulière que de vivre en province. Dans une vieille demeure, isolée des mondanités et des laideurs, tel l’idéal musulman, qui est de vivre derrière un mur sans fenêtre, comme dans ces fermes fortifiées construites en une période si pareille à la nôtre, où tout le monde se chamaillait.

    Au XVI siècle, Noël du Fail, écrivain et juriste issu d’une famille de petite noblesse bretonne, par horreur des « brouillis du peuple », recommandait déjà que « chacun se retire en sa chacunière ». Les plus avantageux sont évidemment les propriétaires d’une chacunière tapissée de roses de Bengale, au milieu d’un cloître de charmilles taillées en voûtes d’arêtes et un vaste tapis de buis, véritable broderie découpée aux ciseaux, où tout n’est que noblesse de vivre. Et pendant les saisons froides, on s’installe au chaud dans son jardin d’hiver, au cœur de son orangerie, avec une volière baroque fréquentée par quelques oiseaux exotiques, entouré de plantes rares et onéreuses, en sirotant un rooibos bio. Ce blog vous a suffisamment démontré que le snob se soucie des arts (de la littérature à la peinture, de la musique au cinéma) : il n’est donc guère surprenant, qu’il soit sensible à l’art des jardins. Ainsi, les parcs et les jardins servaient souvent à épater leurs visiteurs. Des théâtres d’eau, des cascades, des grottes, des salons de treillage, des pilastres, des ruines, des statues, des balustrades, des contre-allées : dans le domaine du jardinage, le snobisme est illimité. Chaque jardinier est un Le Nôtre en herbe. 


  • Vous voulez commencer une collection de photos de monarques, de préférence dédicacées? Voici comment s’y prendre. 

    Vous pouvez vous adresser aux altesses directement. Ne vous embêtez pas trop avec des recherches de codes postales ou de numéros de la rue : le nom du souverain, le palais (facultatif) et le pays suffisent largement pour que votre courrier arrive à sa destination. Vous pouvez également y ajouter un « Bon Anniversaire » ou un « Joyeuses Pâques », car certaines altesses jugent vulgaire de satisfaire la requête d’un chasseur d’autographe. Comme ça, politesse oblige, vous êtes quasiment certain qu’elle vous répondra. Un bristol avec une charmante réponse protocolaire d’Elisabeth II ou d’Albert de Belgique est un joli début pour votre collection. Et n’oubliez pas prince Hans-Adam II du Liechtenstein. Ce n’est pas le moment de vexer les petites principautés: il n’y a pas que les sultans et émirs qui disposent d’un téléphone arabe, car nos têtes couronnées européennes ont fréquemment des liens familiaux. Je vous signale aussi, comme il arrive souvent aux employés dans le domaine du luxe, que les secrétaires de rois et de reines se prennent parfois pour leur employeur : ils font un « transfert ». Attendez-vous donc à une lenteur et une nonchalance aristocratiques dans le suivi de votre courrier.

    Si vous jugez plus sage d’élargir votre collection en y incluant les post-monarchies, il suffit de visiter les salles de ventes. On y découvre des vraies merveilles comme des épreuves d’époque de Soraya Esfandiari, ex-Shabanou devenue princesse royale d’Iran (avec tampon au verso). Ou encore le livre de messe du couronnement du roi Georges V et la reine Mary, des photos de mariage du roi Zog Ier et la comtesse Apponyi (surnommée la Rose Blanche de Hongrie) suivi d’images de leur exil (provenance : Agence New York Times) ou encore des portraits tout récemment découverts des Romanov ou d’un arrière petit-fils de Louis-Philippe.  Toutefois, cela vous coûtera plus cher qu’un timbre ou deux.

    Au demeurant, savez-vous pourquoi  on ne vit jamais les têtes des empereurs allemands sur les timbres ? Parce que Guillaume II ne voulait pas être « léché par le derrière » et « tapé dessus par le devant ».

     


  • Dans « Maigret tend un piège » (1955) l’assassin, le décorateur Marcel Moncin, tue cinq Parisiennes. C’est beaucoup. Mais cela s’explique, car selon notre cher commissaire (après avoir consulté un psychiatre) son motif serait : se sentir exceptionnel ! Heureusement que je suis là aujourd’hui, afin de vous éviter la réputation d’un serial killer, car tel est également l’objectif de mon blog : se distinguer de tout ce qui est commun et médiocre. 

    Quant au métier de « décorateur » (pour lequel à l’époque de Maigret, on n’avait nullement besoin d’un diplôme), les choses ont peu changé. Selon la rubrique Journal of a Collector de mon collègue Alistair McAlpine (publiée dans The World of Interiors), depuis la moitié du XX siècle, des milliers d’amateurs se sont octroyés cette appellation : « La majeure partie était inspirée par une expérience personnelle, après avoir transformé sa propre maison en arbre de Noël, ornée de ses propres collections. (…) Cependant, il y a une vaste différence entre arranger harmonieusement vos propres objets et faire la même chose pour un étranger ».

    Or le chroniqueur nous met en garde contre ces charlatans dont le nombre ne cesse d’augmenter. En effet, ces dernières années, beaucoup de bourgeoises lassées par leurs ménages ont attrapé « le virus de la décoration intérieure » et proposent un « relooking » (j’ai toujours détesté ce mot) de votre maison avec l’aide d’ouvriers souvent « aussi ignorants » qu’elles-mêmes. De l’orchidée dans la salle de bains (on en imprime maintenant, selon une fidèle correspondante, carrément sur les rideaux de douche pour ceux qui n’ont point la main verte ou pour les foyers économiquement faibles) aux trois douzaines de  bougies alignées dans une fausse cheminée, en passant par les « stickers » aux cadres baroques : les clichés ne manquent pas. Ainsi, au lieu d’une « signature unique », vous vous trouvez, dans le pire des cas, avec des murs qui s'écroulent ou des papiers peints qui vous donnent une mine épouvantable. 

    Soyez donc prudents et suivez les conseils du baron McAlpine of West-Green. Sinon, votre chantier risque de se terminer dans un bain de sang et vous probablement au Centre Hospitalier Saint Anne, qui est, faut-il le préciser, loin d’être un « cinq étoiles » décoré par Jacques Garcia….

    PS: Pour en savoir plus, si vous êtes fan de Simenon ou si, par malchance, vous êtes emprisonné, relisez mon édito snob du 31 août 2010. 


  • Un lecteur attentif m’a fait la remarque que le remède snob contre la grippe ne donne aucune information sur le genre de couvertures qu’il faut employer. Voyons ! Des couvertures snobs bien sûr ! Heureusement que je suis-là ! Il faut cependant noter que la couverture a énormément perdu de son snob-appeal ces dernières années. A cause de la couette, sans doute. Quant au plaid, jadis symbole des pique-niques élégants dans une campagne ordonnée (avec vue sur un château) et de l’équitation (souvenez-vous : tout ce qui touche au cheval est snob d’office, y compris nettoyer ses propres écuries), accessoire prisé des architectes d’intérieur (plié ou négligemment drapé sur un canapé « design »), il se trouve de nos jours dans mainte « grande surface ». Forcément, la laine a été remplacée par des matériaux synthétiques et donc beaucoup moins nobles. Sans omettre le choix monstrueux en coloris que les usines chinoises proposent.

    Mon choix personnel commence par un plaid dérobé au Grand-Hôtel de Stockholm d’un beige caramel, très discret, sans marque apparente, qui va absolument avec tout (si vous avez les abat-jour qui vont avec, ce sera évidemment encore mieux). Il est parfait pour les premières balades en traîneau ou un week-end d’oisiveté dans votre petit salon marocain. Un plaid en zibeline ? Ca pourrait faire un chouïa nouveau riche, mais si vous êtes frêle et frileux, ne vous en privez pas. Mais uniquement dans votre troïka. Contre les fraîcheurs de la fin d’été, je conseille un plaid Hermès : d’un très joli brun, imprimé de quelques « H » et petites ancres. Genre : « C’est tout ce qu’il me reste de mon yacht ! » Personnellement, j’adore cette ambiance « créancier », également référencée comme le style « dépouillé », mais si vous êtes un nouveau riche, je peux très bien comprendre que cette ligne ne vous comble pas.

    Ma couverture préférée est toutefois d’un très joli vert à l’intérieur. L’extérieur (carreaux) est en vert et brun. Elle est divinement vintage et a été fabriquée dans les années 60 du siècle dernier, à partir de la laine d’une race ovine, très ancienne, originaire des îles Frisonnes, qui pâturaient alors sur nos terres. Elle est sans doute la plus épaisse et je la réserve donc principalement pour les grands froids du mois de janvier. S’écrouler élégamment sous ou sur un plaid fabriqué avec la laine de ses propres moutons, de nos jours, ce snobisme-là, il est quasiment introuvable. Il existait autrefois, dans les années 1970, un duc anglais, qui posa dans un ensemble Harris Tweed (en laine de ses propres moutons et photgraphié en plein milieu d’une trentaine de ses « sujets » tondus), pour une publicité dans un magazine de mode. Il y avait aussi, dans les pages publicitaires de ce magazine, une véritable lady, qui ne jurait, naïvement, que par une seule marque de savon. Aujourd’hui, ça nous laisse rêveurs….

    De mi-octobre à mi-février, je m’en sers également comme couvre-lit ou couverture supplémentaire. En été, c’est plutôt le plaid du Grand-Hôtel suédois, beaucoup plus léger et qui prend, une fois plié, très peu de place. La preuve : j’ai bien réussi à le sortir, avec les abat-jour, une table de chevet et quelque vaisselle pêle-mêle, sans trop me faire remarquer. Sans omettre ma boîte à outils ! Au demeurant, les petites ancres d’Hermès seront pendant les mois estivales pleinement de saison. Vous pouvez alors l’utiliser comme jetée de lit mais aussi pour vous y étendre après un pique-nique sur une plage privée.

    Si vous n’aimez pas suivre les conseils des magazines de décoration, et vous tenez absolument à ranger vos plaids, alors il vous faut une malle ou un coffre à plaids. Votre plaid est un ustensile très personnel, avec qui vous partagez des moments de farniente intense, vos siestes et paresses les plus voluptueuses. La malle Louis Vuitton est un grand classique. Il vous faut une malle en bois aussi, dans un style gustavien, dénichée chez un antiquaire local (non, il n’y en a pas au Grand-Hôtel de Stockholm) pour créer un contraste, un effet décalé. Vous pouvez également solliciter un ébéniste ou un maroquinier encore merveilleusement ignoré par les trendspotters ! Dans le cas présent, il suffit de consulter les Pages Jaunes ! Et de brûler une grande quantité de cierges, même toutes les bonnes sœurs que vous croiserez sur votre chemin, car l’annuaire en question n’a rien d’un bottin mondain. Contrairement à la page publicitaire de mon blog, on y trouve de tout et du n’importe qui. Préparez-vous à un service beaucoup moins soigneux que celui des maisons Hermès ou Louis Vuitton ou celui de vos fournisseurs habituels en antiquités et autres bagatelles convoitées, auquel vous êtes habitué. Il se peut que l’établissement ne soit en rien comparable au Grand-Hôtel de Stockholm, que l’établissement ou l’artisan soient entièrement dépourvus de snob-appeal et que – bien probablement-  ils n’en auront jamais.

    Je vous conseillerai bien d’acquérir quatre à cinq ovins (et une petite main pour la tonte), mais je ne connais pas votre environnement, et dans un appartement haussmannien, même un ou deux moutons, cela risque de perturber votre copropriété. En sortant votre bétail sur le Champ de Mars, ne perdez pas une once de votre majesté, maintenez votre stature avec un naturel surprenant. Bien évidemment, vous évitez un style « hippie » trop prononcé, même le « baba riche » ; ce n’est pas parce qu’on sort son troupeau qu’on ne doit pas être bien mis. Vous n’êtes pas là pour vendre des fromages de chèvre ! Certes, vous avez réinventé un snobisme, au fond, prodigieusement audacieux : votre négligence vestimentaire sera toutefois plutôt contrôlée. On n’est quand même pas dans les montagnes sardes ou les plaines de la Sibérie! Faites-vous, surtout au printemps quand les agneaux sautillent partout, assister de quelques scouts de la paroisse. En faire de l’astrakan ? Je vois : vous ne perdez pas le Nord ! Le curé sera évidemment une alternative plus snob ! Jouez, si le cœur vous dit, à la Marie-Antoinette, et déguisez-le, éventuellement, en personnage encore plus authentique, avec quelques haillons trouvés à l’Armée de Salut. Je croise mes doigts pour vous !

    Voilà la sélection snob de cette semaine ! Je devais être à la tête du marketing chez Snob.Shopping.com, vous ne trouvez pas ? 

     


  • Je vais sans doute vous décevoir: il n’y a pas que la Parisienne qui est snob. Les Madrilènes, Berlinoises, Londoniennes, New-yorkaises ou Moscovites la font bien souvent de l’ombre ! Certes, elle est la plus snob dans un contexte national, mais à l’échelle mondiale, je pense toutefois que c’est l’Italienne qui aura les meilleurs résultats. Certaines mamans de la péninsule semblent même disposées à offrir leurs filles au chef d’état afin de devenir la belle-mère de celui-ci ! Généralement, les Italiennes et Italiens pratiquent leur snobisme librement :  il faut toujours faire « bella figura ». D’où leur penchant pour les accessoires. En conséquence, on constate que la coquetterie y est aussi bien féminine que masculine. Et il n’y a pas que les Romaines qui sont snobs. Au demeurant, en raison de l’omniprésence du Vatican (ce qui les rend, forcément, moins impressionnables), le snobisme ecclésiastique est peu entretenu à la capitale italienne. Ne commettez donc pas le même faux-pas que ces étrangers qui tombent en extase devant le colonel des gardes suisses ou à genoux devant chaque cardinal ou monsignor chanoine qu’ils croisent. Restez blasés !

    Parmi les Florentines (que certains historiens soupçonnent responsables de la naissance de maint objet de luxe), les Milanaises (destination inévitable pour les snobs de la mode), les Vénitiennes ou encore les Napolitaines, on compte également beaucoup de snobs. Notons que chacune de ces villes provinciales a sa propre aristocratie (et son snobisme résultant), dont les origines remontent souvent jusqu’au Moyen-Âge, et qui est encore très respectée. D’ailleurs, lors de la sortie de mon premier livre en Italie, une comtessa du cru (dont les ancêtres remontaient jusqu’au IX siècle !!) m’avait gentiment susnommé « un ayatollah du snobisme ». Avec une telle publicité, le livre fut évidemment un grand succès. Etrangement, son éditeur n’a jamais trouvé nécessaire de payer mes droits d’auteur. Rassurez-vous, j’ai un avocat très snob, dont l’étude loge dans un palazzo historique du XVII siècle. En Italie, c’est quasiment une banalité.

    Lorsque vous souhaitez obtenir la nationalité italienne, le mariage reste le moyen le plus certain et diligent. Si vous doutez de la continuité du snob-appeal du président italien actuel, demandez à votre maman d’organiser un rallye quelque part dans le nord de la Sardaigne avec quelques célibataires de l'aristocratie piémontaise ou toscane. Notez qu’en Italie les titres sont généreusement distribués (Commendatore, Dottore, Cavaliere, Ingegniere, Maestro et cetera), que les titres nobiliaires y sont usités dans la conversation et que le moindre ministre, diplomate ou évêque s’y fait appeler Eccellenza. Sûr que vous y trouverez chaussure à votre pied. Pour le catering ? Tranquillisez votre maman : je la présenterai à deux cuisinières siciliennes de renommée (le hasard a voulu qu’elles soient princesses authentiques et certifiées) qui s’occuperont merveilleusement de vous ! Votre mère sera aux anges !

    Quant à vous, je vous souhaite bon vent ! N’oubliez pas que l’Italien a la réputation d’être un mari jaloux et un chef de famille autoritaire. Prévoyez donc un contrat de mariage « bétonné » ; je vous mettrai éventuellement en contact avec mon avocat, cela va de soi. Pour le divorce prononcé par le Saint Père lui-même, suivi d’un petit drink, très informel bien sûr, dans la tribune du patriciat de la basilique vaticane, il se peut que son secrétariat vous fasse attendre longuement. Mais si vous n’êtes pas pressée, ça vaut le coup d’être patient, car je suis persuadé que les correspondants romains de Gala ou Point de Vue en parleront dans leurs futures rubriques mondaines. Peut-être même que la rédaction décide de vous consacrer un reportage entier ? Faites ce petit plaisir à votre mère, après tout ce qu’elle a enduré, elle mérite bien une récompense ! Partez ensuite (vous le pouvez, grâce à mon avocat) faire une visite ravageuse aux boutiques de Vhernier et Bulgari à Capri.

    Je devais postuler pour le poste d’ambassadeur d’Italie, vous ne trouvez pas ? Eccellenza Anton, ça m’irait très bien ! 

     


  • Hier, Daphné Bürki, dans l’Edition Spéciale de Canal Plus, a présenté mon Petit Bréviaire comme « livre cultissime », et moi-même comme quelqu’un que tout le monde « aimerait avoir comme ami ». Ses éloges expliquent parfaitement pourquoi je ne suis pas présent sur Facebook à ceux qui n’avaient pas encore compris. Merci, Daphné !

    D’ailleurs, selon une de mes informatrices, très pointue en matière de tendances sur la toile, Facebook serait déjà mort… Je ne veux pas vous alarmer bien sûr, mais en étant snob, la réputation d’être membre d’une collectivité agonisante, cela risque de vous nuire gravement. Une telle renommée pourrait même vous être fatale. Heureusement, cela n’est pas mon cas.

    Soit ! Le sujet de l’enquête de Daphné Bürki? Est-ce snob de montrer la raie des fesses ?

    Les snobs à l’ancien régime, ces snobs qui tiennent à respecter l’étiquette, comme Madame de Rothschild, s’y opposent. Apparemment, une baronne avec un sourire du plombier n’est pas très crédible et cela se comprend, surtout avec cette invasion de plombiers polonais. Généralement, le protocole est plutôt conservateur et incite les dames à surveiller leurs déhanchements, à éviter toute position dévoilant leurs charmes et proscrit la nonchalance, y compris les bretelles de soutien-gorge ou autres sous-vêtements qui dépassent ou qui sont d’une couleur trop voyante, ainsi que le string. En conséquence, l’étiquette désapprouve forcément cette nouvelle mode des pantalons trop larges ou des tailles basses, qui réduisent souvent notre physionomie à celle d’un nain de jardin qui aimerait, de surcroît, être sodomisé.

    À l’opposé il y a les snobs de la mode, les « fashion-victims », souvent d’une espèce plus provocatrice que la précédente, disons plus adolescente, qui aiment exhiber la marque de leurs sous-vêtements, voire une partie de leur anatomie. Au demeurant, l’étiquette ne s’oppose pas entièrement à la nudité: elle admet par exemple le décolleté, à condition que la dame n’ait pas une peau trop fripée ou qu’elle n’ait pas les marques de bronzage de son maillot de bain. Ce serait, en effet, de très mauvais goût. Notons que le décolleté de la poitrine est parfois obligatoire, car il sert aussi à mettre en valeur les bijoux.

    Et c’est exactement là, où le bas blesse : car pour le décolleté du fessier, ce décolleté à l’envers, aucun joaillier, que ce soit Tiffany, Van Cleef & Arpels ou Boucheron, propose des rivières de diamants ou un simple sautoir afin de le valoriser. Certaines personnes font alors appel à un tatoueur, mais il faut se rappeler que le tatouage était autrefois uniquement réservé aux bagnards, à quelques peuplades exotiques ou encore à des actrices et acteurs pornographiques : on pourrait choquer ses invités et amants trop conformistes.

    On peut également y planter, à l’instar des danseuses de revue, quelques plumages d’oiseaux exotiques ou (mieux) en voie de disparition. Mais pour monter dans un taxi ou faire ses emplettes à la Grande Epicerie, cela risque d’être laborieux. Par ailleurs, parce que nous n’avons pas des yeux derrière la tête, il faut faire très attention, car des objets volants, tels des bouchons de champagne, pourraient s’engouffrer dans cette fente, ce qui pourrait devenir fort irritant.

    Pour en savoir plus voir articles « Slips snobs » et « Striptease Snob ».  

     

     


  • Dans la catégorie des snobs conservateurs, des snobs qui tiennent aux valeurs et aux traditions, et qui pratiquent parfois un snobisme à l’ancien régime, il y a les snobs chasseurs. Et croyez-moi, ceux-la, sans doute aussi contrairement à vos idées reçues, pratiquent un snobisme du vocabulaire un des plus pointus de cette planète. Par exemple, on ne dit pas « Les chiens aboient », mais les chiens « donnent de la voix ». On ne dit pas « Tenez, voilà l’animal », mais « Taïaut, Taïaut ! » et lorsque le cerf en question est cerné par la meute, on dit qu’il est « hallali ». 

    Il est vrai que la vénerie est un sport qui transforme le plus médiocre des industriels ou banquiers en grand seigneur féodal, même si les chasses, depuis qu’elles ont été retirées des privilèges fiscaux, se font de plus en plus discrètes.

    Si vous voulez en être, alors rendez-vous, avec ou sans votre banquier, ce mois de novembre à Saint-Hubert (Capitale Européenne de la Chasse et de la Nature) dans les Ardennes belges, où vous assistez à un concert de trompes de chasse  du Royal Forêt Saint-Hubert. Il y aura probablement quelque noblesse wallonne ou luxembourgeoise, de quoi remplir votre carnet mondain. Après la messe aura lieu la distribution des pains bénis qui sont très convoités : c’est un mystère que la maison Paul n’en propose pas.  Ensuite il y aura la bénédiction de votre meute. Si votre épouse souhaite en profiter pour faire bénir son vison, allez-y, c’est le moment, car pour lui aussi, la saison commence bientôt ! La cérémonie est suivie d'un marché avec dégustation où vous trouverez des pâtés du terroir qui accompagneront parfaitement vos petits pains sacrés. Vous pouvez aussi les garder et les proposer lors de votre prochain cocktail dînatoire à la capitale. Avec du foie gras, ils auront un succès fou.

    Se pose effectivement la question : quel gibier ? Certes, il y a des trophées qui ont plus de poids que d’autres. Il y a aussi des snobs chasseurs qui ne jurent que par les bêtes exotiques. Ils préfèrent chasser l’antilope et se loger dans un lodge quatre étoiles, au lieu d’assister à une battue au lièvre dans une plaine inquiétante et humide du Pas-de-Calais.  Si vous souhaitez acquérir un pavillon de chasse convenable (pourrie de chic : une ancienne commanderie templière), adressez-vous à un agent immobilier en Sologne. Quant à votre toilette, vous avez le choix entre l’avenue Montaigne et le Faubourg St. Honoré. Le fusil, vous l’achetez à Moscou chez une maison anglaise fondée en 1835, même si la filiale parisienne à tout ce qu’il faut. Mais, non loin, en Sibérie, vous pourriez paisiblement vous exercer sur une bête ou un nomade de passage, sans se ridiculiser devant le Tout Paris !

     


  • Rassurez-vous : personnellement, j’en commets quasiment tous les jours ! Pardieu ! Ce n’est pas évident pour un étranger de sentir toutes les nuances et finesses de votre vocabulaire. Pour vous, la différence entre "mensuration" et "mesure" ou entre "haute tension" et "hypertension" est sans doute élémentaire, mais pour moi, elle ne l’est pas. Même Rachida Dati en est dupe! Je vous ai déjà fait part de la distraction de ma mémoire qui m’empêche de pratiquer le name-dropping à sa juste valeur (je n’ai, par ailleurs, toujours pas retrouvé le nom de mon amie la princesse italienne). Par surcroît, les people deviennent de plus en plus éphémères ; ajoutez à cela leurs noms parfois imprononçables et le nombre de structures aux abréviations semblables : peut-on m’en vouloir  de confondre une entreprise dont les activités sont la promotion et le suivi des paris sur les courses de chevaux avec un parti politique, ou une actrice ou un ministre avec une famille de vos (nombreuses) fromages de chèvre ? Pauvre de moi !

    C’est qu’il faut s’y connaître bigrement ! Tenez, par exemple, j’ai cru pendant des années qu’il existait des automobiles de la marque OOOO. Je me suis bien sûr demandé si cela était une abréviation, ou juste un nom au hasard (que je trouvais d’ailleurs plutôt original). Mais à chaque fois que j’interrogeais une connaissance intime à ce sujet (je dois vous avouer, que je ne suis pas un snob à voitures : je n’ai, pour des raisons tangibles, même pas le permis nécessaire pour piloter une telle mécanique), celle-ci n’avait pas la moindre idée de quoi je parlais.  C’est alors, en croisant un de ces engins – qui ont l’air fort confortables – sur une autoroute, qu’un bon ami m’informa qu’il s’agissait de la marque Audi et que les quatre « O » alignés n’étaient qu’une sorte d’emblème, un accessoire de carrosserie. J’aurais préféré garder mon appellation à moi : de Audi à Aldi, il n’y a qu’un minuscule petit pas…

    Entre-nous, je m’en préoccupe vraiment très peu, de mes maladresses verbales et vestimentaires. A quoi bon, à tout prix, vouloir suivre le protocole, jusqu’à ce que stress ensuive ? Vous, chères lectrices et chers lecteurs, vous savez bien qui je suis (en l’occurrence, un expert en snobisme) et les autres, ceux qui ne me connaissent pas, franchement, dois-je me soucier de leur opinion? C’est justement cette angoisse qui engendre maint faux-pas, surtout chez les snobs en herbe ! Alors que le laisser-aller et l’apathie sont toujours de bon ton chez les avancés. Souvenez-vous du scandale créé par le Duc de Windsor, lorsqu’il porta des chaussures en daim avec un costume bleu. A un ignorant qui lui signalait cet impair, un ami du duc répondit : « It would be a wrong if it were a mistake. But the Duke knows better, so it’s all right. » Une des plus charmantes étourderies de son frère, Georges VI (dont le mariage avec une roturière fut toutefois considéré comme « un geste de modernité » et non d’un faux-pas exécrable): un jour, en contemplant les peintures de John Piper, peintre renommé et spécialisé dans les tempêtes de mer, il lui dit : « Vraiment dommage que vous ayez toujours un temps misérable… ».

    En résumant: chaque faux-pas peut être anéanti par la notoriété de celui qui le commet et est incontestablement un moyen permettant d’être remarqué. Certains people en manque d’attention les pratiquent d’ailleurs inlassablement, et souvent d’une manière assez vulgaire. Généralement, il s’agit de "faux" faux-pas (et donc vraiment pas snobs pour un kopeck), afin d’appâter les journalistes. Les pannes rhétoriques (et sincèrement naïves) dans les discours d’Heinrich Lübke, président de la République fédérale d’Allemagne de 1959 à 1969, comptent cependant parmi les embarras politiques les plus célèbres dans la mémoire des Allemands de cette époque. Son faux-pas le plus mémorable date de 1962 en visite à Libéria, où il commença un discours avec les mots : « Mesdames, Messieurs, chers nègres…. » 

     

     





    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique