• Même lorsque Gandhi était devenu mondialement célèbre, il continuait à vivre dans un understatement complet : il ne portait qu’un simple dhotî, il ne buvait que du lait de chèvre et dormait toujours dans les bidonvilles. Forcément, garantir la sécurité de Gandhi, qui se mélangeait toujours avec les plus miséreux et ne voyageait qu’en wagons de troisième classe, était un véritable casse-tête. Un de ses gardes du corps remarqua légèrement énervé : « Gandhi n’a pas la moindre idée combien cela coûte pour qu’il puisse mener sa vie de pauvre. » 


  • C’est en 1963 qu’Henry Ford II, alors président du conseil d’administration et P.D.G. de la Ford Motor Company, se rend dans un village hollandais afin d’y assister au largage de son nouveau yacht. Avant de m’accuser une nouvelle fois de patriotisme, je précise qu’à cette époque, tous les millionnaires américains snobs commandaient leur bateau de plaisance aux Pays-Bas. Je souligne également (sans doute à cause du penchant calviniste des plombiers bataves qui désapprouve fortement le « bling-bling ») que les robinets en or pour les salles de bains étaient fabriqués aux U.S.A.. Les plans du yacht avaient été tenus secrets, car Monsieur Ford était très paranoïaque et frémissait à l’idée que quelqu’un les fit exécuter en plus spacieux. Nonobstant, dans une interview publiée par un grand quotidien néerlandais, son décorateur dévoila que, pour réussir la patine moelleuse donnant aux ornements des cabines un aspect usagé et décrépit, il avait ajouté un peu de bière blonde à la dernière couche : « Je fais toujours ça pour les millionnaires : ils ont horreur de la peinture neuve ».  

     


  • Le roi Philippe le Bel alla en Flandres en 1301, suivi de son épouse Jeanne I de Navarre, comtesse de Champagne, et de toute sa cour. Ils y furent reçus avec une grande joie paraît-il, et surtout avec une grande magnificence. En faisant son entrée à Bruges, la reine fut tellement surprise du luxe des habitants de cette ville, qu’elle s’écria avec une pointe de jalousie: « J’avais cru paraître ici comme la seule reine qu’il y eût, mais j’y trouve plus de six cent femmes qui peuvent me disputer cette qualité par leur parure et par la richesse de leurs habits. »

    On peut très bien imaginer le choque de cette pauvre Jeanne! Après avoir mis au monde trois rois de France et de Navarre (Louis X, Philippe V, Charles IV) et  une reine d’Angleterre (Isabelle de France), il y avait de quoi d’être agacé par ces citadines flamandes qui profitaient de l’industrie textile, faisant alors la prospérité de leur province. Or, l’année suivante, en 1302, l’exaltation flamande pour ses souverains français avait totalement disparu. Et pour cause ! La bataille de Courtrai, également connue comme la bataille des éperons d'or, opposa Philippe le Bel et le comte de Flandres : les artisans tisserands flamands (qui utilisaient surtout de la laine importée de Grande-Bretagne) estimaient que les impôts levés par le roi français afin de contrarier ses ennemis anglais, étaient trop élevés.

    Il faut dire qu’en France, à ce moment-là, le snobisme à l’attitude « m’as-tu-vu » était interdit aux bourgeois. Car c’est en 1294 que Philippe le Bel avait promulgué une loi somptuaire qui réglait la table, les habits, la dépense, et fixait les bornes dans lesquelles chacun devait se tenir selon son état. Par exemple, il fallait être duc, comte ou baron pour se donner, à soi-même et à sa femme, quatre robes par an : « Nulle demoiselle, si elle n’est châtelaine ou dame de mille livres de terre, n’en aura qu’une. » Le prix qu’on autorisait de mettre aux étoffes était « dix sous l’aune de Paris », jusqu’à vingt-cinq ; seules les dames de qualité avaient le droit d’y mettre jusqu’à trente sous, et de prendre de la toile à « un sou huit deniers l’aune ». Quant aux "vilaines" (on nommait ainsi les femmes d'une naissance obscure, et "vilains" les hommes), il était ordonné qu’elles étaient privées de chars, qu’elles ne se feraient pas conduire le soir avec une torche de cire, qu’elles ne porteraient ni vert, ni gris, ni hermine, ni or, ni pierres précieuses, ni couronnes d’or ou d’argent. Avouez, que c’était une raison très valable pour faire ses valises et d’émigrer en Flandres sur-le-champ !

    D’ailleurs, cette même loi ne permettait que quatre plats pour les jours de jeûne, et trois pour les  autres jours, et défendait de mettre plus d’une sorte de viande ou de poisson dans un même plat ! Ainsi, au royaume de France et de Navarre, le délicieux waterzoi de poissons à la gantoise (avec des moules, crevettes grises, filets de sole, de lotte, de barbue et de Saint-Pierre) était strictement prohibé….  

     


  • La princesse autrichienne Pauline von Metternich entra dans l’Histoire grâce à ses salons parisiens littéraires, les plus fameux du Second Empire et copiés par toute l’aristocratie européenne, où elle reçut les grands artistes de son époque tels Alexandre Dumas et Franz Liszt. Elle était également amie de Napoléon III et de son épouse Eugénie, auxquels elle fit connaître les talents de Richard Wagner et du grand couturier anglais, Charles Frederick Worth. 

    De retour à Vienne, elle se chargea volontairement de la Cour de l’impératrice Elisabeth, qui détestait toute mondanité, et qui, selon Pauline, n’avait pas assez de prestige, puisqu’elle appartenait à une branche plutôt insignifiante de la maison royale bavaroise. Ainsi, Pauline prit en main l’organisation des fêtes et réceptions au château de Schönbrunn et l’introduction des nouvelles modes vestimentaires en Autriche. En France, l’impératrice Eugénie dictait la mode, mais à la capitale autrichienne, c’était Pauline ! Elisabeth la laissait faire, mais se moquait toutefois ouvertement de cette princesse qui se maquillait, à son goût, beaucoup trop. Pauline reprit également ses activités de teneuse de salon avec la haute noblesse autrichienne du moment, mais y convoqua également des représentants de la « Zweite Gesellsschaft » (la « deuxième société »), des commerçants et fonctionnaires fraîchement anoblis tels les membres de la maison Rothschild. Certaines valeurs semblaient déjà en perdition !

    Et le pire était encore à venir ! D’ailleurs, quelque temps après, lorsque Pauline voyage pour la première fois en train sans dame de compagnie, et un voyageur avec qui elle partage le compartiment lui demande poliment, si la fumée de son cigare la dérange, la princesse répond : « Je ne sais pas, parce que jusqu’à aujourd’hui, personne n’a jamais osé fumer en ma présence…. » 





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