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    Apparemment, considérant sa cure d’amaigrissement, il est conscient du poids des apparences. C’est déjà un bon point. Cependant, sa liaison avec une certaine Madame Royal, malgré la ressemblance frappante avec le titre de "Madame Royale" (Marie-Thérèse de France),  n’y ajoute rien. Forcément, François de Hollande, cela aurait été mieux. Le comté de Hollande remonte au IX siècle. Le plus connu des comtes de cette région, évoqué par les annales néerlandaises, vécut au XIII siècle : Florent V de Hollande. Il était également un des 13 prétendants (!) au trône écossais et s’appelait volontiers « Seigneur des Frisons », alors qu’en réalité, il ne possédait qu’une petite partie de la Frise. À part ces nobles ambitions, voire petites mégalomanies, les chroniqueurs de l’époque notent aussi que ce comte œuvrait beaucoup dans l'intérêt des paysans et ceci aux frais de la noblesse. Le surnom « Dieu des paysans » lui fut attribué par cette dernière: en effet, il s’agit d’une insulte. Une légende prétend que ce comte aux allures de Robin de Bois ait reçu quarante fermiers comme membres de l'ordre de Saint-Jacques et ceci sans permission de l'église, provoquant ainsi la colère des évêques et des hobereaux déjà acceptés dans cet ordre de Chevalerie. Néanmoins, cet alter ego des roturiers aux inspirations socialistes fut assassiné sur l’ordre du roi d’Angleterre et du comte de Flandres, qui comptaient à l’heure des événements parmi les nobles les plus éminents. Depuis, beaucoup de dynasties étrangères ont encore porté le titre de comte de Hollande, comme les Wittelsbach, les Valois ou les  Habsbourg - en bref, du sang incontestablement bleu – jusqu’à ce qu’il soit devenu injustifiable auprès des autorités et lois en vigueur. 

    Un mariage avec Béatrix des Pays-Bas ? Figurez-vous : j’y ai pensé ! Forcément ! Sa Majesté a encore de très belles années devant elle. De surcroît, nos correspondants courageux sur place nous signalent que certains membres d’un parti politique (extrême droite) souhaitent se défaire de la dynastie royale. Elle sera une parfaite reine de France !  Mieux que Bernadette Chirac qui, je vous l’accorde, assurait plutôt convenablement. Bien sûr, je souhaite qu’elle conserve sa position au plat pays ; mais gardez cette information en mémoire quand même. Évidemment, vous pouvez accueillir le roi des Belges – possiblement bientôt sur le marché - mais à mon avis, la France n’est pas encore prête pour un couple homosexuel, aussi snob soit-il, même avec une ou plusieurs particules, au Palais de l’Elysée. Hélas, diront certains royalistes et conservateurs parmi vous, qui regrettent le pouvoir des mignons et les railleries de la part du peuple à leur égard. Il faut se souvenir qu’au XVI siècle, dans une cour jusque-là habituée à la barbarie, on ne pouvait comprendre le raffinement, le goût pour la fête, la culture et l’apparence, les dentelles et les boucles d'oreilles et tant d'autres snobismes. Et c’est ainsi que le mignon périt. Mais le snobisme existe toujours! C'est déjà une chance énorme! 

    Soit ! Ce qui existe toujours aussi, c’est la gallérie de portraits (sur bois) des comtes de Hollande dans le bâtiment de la Première Chambre à La Haye, l’équivalant de votre Sénat. À ce propos, je vous rappelle une critique excellente de mon Petit Bréviaire du Snobisme lors de sa sortie, apparue dans L’Hémicycle, le magazine du Sénat français : « Lisez vite ce faux bréviaire. Méchant, drôle, cruel, c’est un vrai manuel pour ceux qui sont fatigués de leur costume de citoyen politiquement correct. » Ainsi je conseille vivement à Monsieur Hollande de le consulter rapidement, afin de ne pas demeurer bouche bée le jour où il sera pris d’une fatigue soudaine...


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    Le snobisme de la famille est très répandu aux Etats-Unis. Tout Américain espère un beau jour retrouver un marquis français ou une comtesse irlandaise parmi ses ancêtres ou avoir les moyens financiers de les acheter par l’intermédiaire d’un généalogiste certifié. Tous les présidents américains adorent fréquenter des têtes couronnées qui elles, d’un air relativement blasé, se fichent des scrutins et sondages. Comme s’ils cherchaient à obtenir leurs faveurs ou  les mêmes privilèges. Franklin Roosevelt et son épouse Anna Eleanor aimaient particulièrement côtoyer, sans doute à cause de leurs ascendants hollandais, la princesse Juliana, la future reine des Pays-Bas. Il est à noter que le nom de famille de jeune fille de cette First Lady était identique à celui de son époux : Eleanor et Franklin Roosevelt avaient un ancêtre commun, le Hollandais Claes Martenzen van Roosevelt qui débarqua à la Nouvelle-Amsterdam (future New York) vers 1640. Ses deux petits-fils, Johannes et Jacobus ont fondé les deux branches de la famille, celle de l’Oyster Bay (Long Island) et celle d’Hyde Park. Eleanor et son oncle (et autre président des USA) Theodore Roosevelt descendaient de la branche aînée, tandis que Franklin Roosevelt était issu de la branche cadette, celle de Jacobus.

    Certains exagèrent leur snobisme généalogique. Idem dito ceux qui se marient avec des cousines ou des cousins afin que la fortune familiale ne se disperse pas trop. « L’argent est au pouvoir. Lignage et éducation ne veulent plus rien dire. » constate la comtesse Cardigan dans My recollections publiées en 1908. Or, pour être accepté par cette vieille élite dont la comtesse faisait partie, il fallait être riche, très riche. Mais les nouveaux riches s’achetaient des titres en les étalant sans aucune pudeur. Ils étaient même admis à Buckingham Palace. Puis, soudainement, les mariages entre aristocratie et Haute Finance deviennent une banalité. À la fin du 19ème siècle, un quart des banquiers éminents anglais avait un aristocrate comme beau-père !

    Les mariages avec des Américaines richissimes couvraient alors les pages mondaines des quotidiens. La duchesse de Marlborough, née Vanderbilt, paya intégralement la note pour l’hôtel particulier du duc. Sa dot s’éleva à deux millions de livres. Lady Londonderry, autre aristocrate de l’ancien régime, observa pareillement avec horreur, que la high society avait disparue. « Elle ne représente plus que la richesse et la publicité. Elle ne représente plus ce qu’elle était jadis. Il est important de s’en rendre compte… L’Angleterre s’est américanisée. »

    Oscar Wilde va même jusqu’à prétendre que les deux pays n’ont plus rien désormais qui les distingue : « sauf, bien entendu, le langage ». Forcément, vous vous en doutez, l’accent texan n’est pas snob pour un kopeck. 


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    Connaissez-vous le snobisme de la façade ? Non ? Pourtant, il en existe bien des exemples, peut-être même à proximité de chez vous. Il s’agit d’immeubles aux façades (côté rue) très soignées, avec des moulures et des ornements riches et parfois très fascinants, alors que côté cour, la peinture s’effrite, le ravalement montre des fissures et les bords de fenêtres s’écroulent sous la fiente des pigeons. Selon une légende, ce snobisme date de l’époque de la « grande » Catherine II de Russie. Son amant favori, le prince Grigori Potemkine, aurait fait construire, tout le long du parcours des balades de sa dulcinée, des façades en carton-pâte afin de lui éviter la vue de la misère de son empire. Quelle belle preuve d’amour ! 


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    Trois petites mouches vieilles de seulement trois heures et demie,
    Nées pourtant dans un haras huppé et foisonnant en Basse-Normandie,
    Dans le box d’un pur-sang arabe appartenant à une baronne guindée,
    S’y sentirent, à leur jeune âge, déjà très mélancoliques et ennuyées.
     
    En effet, elles s’y lassèrent à en mourir, alors que faire ?
    La vie étant très courte, elles firent des adieux rapides à leur mère,
    Et, profitant de l’absence de leur paternel occupé sur un hippodrome dans le Pas-de-Calais,
    Ces pubertaires insouciantes s’en allèrent pour la gare la plus près. 
     
    Pendant leur vol, elles frôlèrent la mort à cause d’une guêpe contrariée
    Et échappèrent à deux doigts à un merle ventru qui souhaitait en faire son souper.
    Enfin, exténuées, elles s’installèrent confortablement dans un wagon.
    Sur une vitre ensoleillée en première classe car les trajets en train sont parfois très longs.
     
    Ainsi, elles arrivèrent à  la capitale, détendues, radieuses et énergiques, 
    Mais aussi, à cause d’un nombre de retards de la SNCF, fort faméliques :
    Après un tartare chez les frères Costes, un peu trop frais à leur goût nonobstant succulent,
    Elles firent encore une pause dans une poubelle d’une avenue chic du VIII. arrondissement.   
     
    Une petite sieste sur le balcon du Crillon leur semblait alors méritée et obligatoire:
    Elles y rêvassèrent déjà à leur retour auprès de leurs semblables et à leur gloire :
    Désormais elles seraient les mouches les plus snobs de l’écurie, peut-être même du Cotentin.
    Mais à cause des grèves annoncées, il était primordial de ne pas manquer le dernier train. 
     
    « Et si on visitait le boudoir de Carla Bruni-Sarkozy? », suggéra la première réveillée. 
    « Pourri de chic ! », répondirent ses amies en chœur, songeant tant à leur renommée.
    Alors, elles sautèrent sur un camion, en irritant fortement deux éboueurs sénégalais,
    Mais arrivèrent toutefois, saines et sauves, en passant par l’ambassade américaine, au palais.
     
    La fenêtre du boudoir de la Première Dame était entrouverte et hospitalière :   
    Par aubaine, elle était dépourvue de rideaux et d'abominables mousquetaires.
    Nos copines entrèrent donc facilement et s’envolèrent vers une moulure au plafond,
    D’où elles observèrent sa locataire ranger sa lingerie fine y mêlant des sachets odorants.
     
    Quelques secondes plus tard, elles se posèrent sur les épaules de Madame Sarkozy
    Espérant ainsi repartir dans le Cotentin, imbibées du même parfum que celle-ci.
    Mais, ô malheur ! Nos amies sont mortes, asphyxiées, sur la coiffeuse de leur idole.
    La morale de l’histoire est évidente: il n’y a pas que des déodorants en bombe aérosol.  

     


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    Cela risque peut-être de vous surprendre, mais les premiers snobs à chaussures étaient les femmes arabes huppées du Moyen-Âge. Elles adoraient porter des petites mules en daim, mais aussi des bottines, basses et hautes, parfois très serrées ou fourrées. Les « bottines d’Édesse » (aujourd’hui la ville d’Urfa en Turquie), fabriquées dans un cuir d’excellente qualité, étaient alors les plus prisées. Parfois, elles faisaient graver ou broder (le plus souvent en or) sur leurs revers des vers célèbres, leurs initiales, des anagrammes ou encore des inscriptions, qui, selon les chroniqueurs de l’époque, étaient souvent à caractère « frivole ». Ainsi, elles portaient toutes des pièces uniques. 

    Aujourd’hui, chères lectrices, plus besoin de s’aventurer dans les provinces profondes turques ! Allez vite, très vite, sur le site de mon amie Nathalie Elharrar (www.larare.fr): la nouvelle collection Printemps/Été 2011 est arrivée ! Elle vous y attend. De pied ferme ! 


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    Aujourd’hui, suite à mes périples flamands, je me permets de vous inciter à visiter, en toute urgence, la Belgique. En effet, dépêchez-vous, surtout vous les snobs conservateurs, car le royaume est en perdition et si les parties politiques n’arrivent pas à se mettre d’accord, je crains le pire pour vos amis Albert et le Duc de Brabant. Trouveront-ils refuge chez quelque famille de la reine en Toscane ou en Calabre? S’exileront-ils dans la province profonde du Saxe-Cobourg ? Est-ce qu’on leur permettra de garder leurs titres ? L’heure est grave ! Surtout pour nos collègues de Point de Vue ! Alors, mieux vaut en profiter tant que les royalties belges reçoivent encore impassiblement au Palais Royal de Bruxelles.

    Si tel est le cas, alors voici quelques suggestions pour une journée à Anvers. Personnellement testées pour vous ! La Maison Rubens est inévitable, un véritable palazzo italien, cependant, la boutique du musée est désolante. Rendez-vous donc ensuite immédiatement chez Feek Studio (mobilier moderne) où l’épouse du créateur vous accueillera de manière vraiment charmante. Dans les boutiques situées au Kloosterstraat vous trouverez une mine de meubles des années 60-80 du siècle dernier. Déjeunez ensuite, que vous soyez « design », « vintage », « rococo » ou « nouilles »,  au Zuiderterras (Terrasse du Sud), où l’ambiance, les prix, la nourriture et le service sont du même style et gabarit que proposés par les frères Costes. Visitez ensuite une église au hasard (elles ont quasiment toutes quelques Rubens en stock) ou un béguinage ; buvez un chocolat congolais bien chaud dans un salon du Palais Op de Meir (ravissant petit hôtel de ville où séjournèrent plusieurs personnalités couronnées) ou, si vous préférez humer une ambiance plutôt breughelienne que coloniale: faites une halte au Palais de la Frite (Frietpaleis en flamand ; sur la Place de la Reine Astrid).

    Après tous ces palais, votre shopping intense, toute cette culture, ces découvertes gastronomiques et cette décadence flamande (et les autoroutes belges étant ce qu’elles sont), vous n’aurez sans doute plus la force de rentrer au château de Laeken afin d’y assister à un dîner avec trois douzaines de représentants de la noblesse wallonne, tous ornés de rubans et rosettes. C’est un fait : les Belges se montrent très friands du snobisme des honneurs. Des milliers de Belges sont décorés chaque année. En conséquence, la Belgique fabrique des médailles et rubans en abondance. Il y existe trois types de décorations attribuées par Arrêté de la Maison Royale belge, qui sont distribuées successivement, par promotions fréquentes et répétées.
La première est pour les services rendus par les employés et les serviteurs attachés directement aux maisons royales pour une durée de 15, 25 ou 35 années. La seconde pour reconnaître par un témoignage public, les services rendus par des personnes attachées à des Cours ou des Chefs d’Etat étrangers, lors de visites officielles.
Finalement la troisième, comme décoration spéciale pour les services particulièrement méritoires d’employés et de serviteurs. Il me semble inutile d’ajouter que ce sont ces ordres royaux, les plus convoités, surtout par les grands industriels mais aussi par les politiciens, qu'ils soient wallons ou flamands, de droite ou de gauche.

    Songez un instant à vos voisins belges, privés de félicités et d’insignes royales et célestes, de ces jolies médailles et rubans qui récompensent leur vertu, et qui, à l’instar de chaque snobisme, entretiennent leur bonne humeur. Ce sera tout simplement une catastrophe. Encore un snobisme en danger! Certes, il existe en Belgique un snobisme raffiné qui consiste à paraître n’en pas en avoir, à montrer grand dédain pour le snobisme vulgaire, au risque de passer pour un incivique. Mais ce snobisme-là, il disparaîtra, forcément, aussi.

    Montrez votre solidarité avec le peuple belge et rentrez donc sagement au château de Laeken. Et ne passez pas par le casino de Knocke-Le-Zoute ! Après le Palais de la Frite, mieux vaut ne pas entreprendre des activités trop tendues.  

     


  • Beatrix des Pays-Bas se soucie de vous, chère lectrice et cher lecteur, vous qui passez votre temps derrière votre ordinateur. Elle pense que cela est néfaste pour votre vie sociale et mondaine. Elle éprouve apparemment aussi de la pitié pour ceux qui sont inlassablement collés à leurs téléphones mobiles, leurs I-pods et I-phones.  Il faut dire qu’elle est assez réputée pour son attitude parfois brute et impertinente. Pourtant, dans sa jeunesse, elle fut souvent appelée « Princesse Sourire ». Ce trait de caractère hautain est probablement un héritage d’une de ses ancêtres, la grande-duchesse russe Anna Pavlovna, qui occupa avec son époux le trône néerlandais au début du 19ème siècle. Selon les chroniques, elle traita même sa belle-fille, pourtant une princesse allemande et une fille de sa sœur, avec un fort dédain. Cette dernière demanda d'ailleurs à être inhumée dans sa robe de mariée, prétendant qu’elle avait cessé de vivre le jour de son mariage. Les Russes ont indubitablement un sens inné de la tragédie. Or pendant son séjour terrestre dans les méandres et les polders, cette Sophie de Wurtemberg alléguait sans la moindre gêne, que son mari était inapte et qu’elle ferait une bien meilleure régente que lui. Il est vrai que le New York Times de l’époque considérait son époux, Guillaume III comme « l’être le plus dépravé de notre temps ».  Par surcroît, après la mort de son épouse, ce roi envisagea sérieusement de se remarier avec une barmaid américaine puis avec une chanteuse d’opéra parisienne qui n’est même pas référencée par Wikepedia ! Quant à la presse néerlandaise, elle surnomma son souverain le « Roi Gorille ».

    Cela vous rappelle peut-être certaines péripéties d’Elisabeth II d’Angleterre, de son mari surnommé « Duke of Hazard » (« hazard »  est anglais pour « bévue » ou « faux-pas »), de sa feue bru ou de son fils au sobriquet fort nuisible de « Prince Tampon ». La pauvre souveraine britannique a été obligée de mettre beaucoup d’eau dans son gin, à l’instar de sa collègue au royaume des Néerlandais, dont les brus ont également toutes des origines roturières : une fréquentait même un « baron » de la drogue avant de se fiancer au prince. Heureusement que les morts ne sont pas réellement capables de se retourner dans leurs tombes, car maint sarcophage royal aurait été abîmé. Néanmoins, même si nos reines actuelles doivent se montrer plus souples, elles restent incontestablement des snobs conservatrices : lorsqu’on représente la tradition, le protocole et l’étiquette, on n’a guère le choix, n’est-ce pas, Madame la Baronne ? Ainsi, les monarques progressistes appartiennent à une espèce plutôt rare. Certes, les livres d’histoire mentionnent quelques despotes éclairés (dont Catherine II de Russie, l’ancêtre des reines néerlandaises évoquées), mais leurs réformes et mesures servaient en premier lieu leurs propres intérêts. Frédéric II de Prusse, par exemple, grand snob, était non seulement le plus grand agriculteur de son pays, mais aussi son principal banquier…

    Hélas ! dira mainte majesté, ces temps-là appartiennent au passé. Aujourd’hui, les rois et les reines ont la vie pénible : les gouvernements leur demandent sans cesse de justifier leurs vacances, leur personnel, la moindre dépense. Or, inlassablement suivis par les paparazzi, il est quasiment impossible d’avoir un peu de privacy pour s’adonner à des dépenses délicieusement inutiles et des frivolités généralement interdites à une famille royale. Nonobstant, et contrairement à Beatrix qui boude toutes les merveilles électroniques de notre époque, Elisabeth II, sans doute forcée par ses conseillers en relations publiques qui veillent sur la renommée de la monarchie, s’est offerte « une page » sur Facebook. La reine anglaise se veut donc très contemporaine et moderne, notez toutefois qu’il est inutile de se précipiter : vous ne pouvez pas vous y inscrire comme son « ami ». Et pour cause : considérant le nombre de ses sujets dans le Commonwealth, elle aurait eu 1.921.974.000  « amis » dans les 24 heures qui suivent! Les logiciels de Facebook qui explosent, la reine persécutée par ses avocats féroces comme la pire des terroristes : imaginez le drame ! 

    N’allez toutefois pas croire que c’est par sympathie pour Beatrix que je ne suis pas inscrit sur Facebook : je certifie que ma vie mondaine n’a nullement souffert  de mes villégiatures sur la toile.  Je rappelle simplement un fait incontournable à la souveraine britannique: "Madamela popularité est un snobbery-killer par excellence!" 

     


  • Même lorsque Gandhi était devenu mondialement célèbre, il continuait à vivre dans un understatement complet : il ne portait qu’un simple dhotî, il ne buvait que du lait de chèvre et dormait toujours dans les bidonvilles. Forcément, garantir la sécurité de Gandhi, qui se mélangeait toujours avec les plus miséreux et ne voyageait qu’en wagons de troisième classe, était un véritable casse-tête. Un de ses gardes du corps remarqua légèrement énervé : « Gandhi n’a pas la moindre idée combien cela coûte pour qu’il puisse mener sa vie de pauvre. » 


  • C’est en 1963 qu’Henry Ford II, alors président du conseil d’administration et P.D.G. de la Ford Motor Company, se rend dans un village hollandais afin d’y assister au largage de son nouveau yacht. Avant de m’accuser une nouvelle fois de patriotisme, je précise qu’à cette époque, tous les millionnaires américains snobs commandaient leur bateau de plaisance aux Pays-Bas. Je souligne également (sans doute à cause du penchant calviniste des plombiers bataves qui désapprouve fortement le « bling-bling ») que les robinets en or pour les salles de bains étaient fabriqués aux U.S.A.. Les plans du yacht avaient été tenus secrets, car Monsieur Ford était très paranoïaque et frémissait à l’idée que quelqu’un les fit exécuter en plus spacieux. Nonobstant, dans une interview publiée par un grand quotidien néerlandais, son décorateur dévoila que, pour réussir la patine moelleuse donnant aux ornements des cabines un aspect usagé et décrépit, il avait ajouté un peu de bière blonde à la dernière couche : « Je fais toujours ça pour les millionnaires : ils ont horreur de la peinture neuve ».  

     


  • Le roi Philippe le Bel alla en Flandres en 1301, suivi de son épouse Jeanne I de Navarre, comtesse de Champagne, et de toute sa cour. Ils y furent reçus avec une grande joie paraît-il, et surtout avec une grande magnificence. En faisant son entrée à Bruges, la reine fut tellement surprise du luxe des habitants de cette ville, qu’elle s’écria avec une pointe de jalousie: « J’avais cru paraître ici comme la seule reine qu’il y eût, mais j’y trouve plus de six cent femmes qui peuvent me disputer cette qualité par leur parure et par la richesse de leurs habits. »

    On peut très bien imaginer le choque de cette pauvre Jeanne! Après avoir mis au monde trois rois de France et de Navarre (Louis X, Philippe V, Charles IV) et  une reine d’Angleterre (Isabelle de France), il y avait de quoi d’être agacé par ces citadines flamandes qui profitaient de l’industrie textile, faisant alors la prospérité de leur province. Or, l’année suivante, en 1302, l’exaltation flamande pour ses souverains français avait totalement disparu. Et pour cause ! La bataille de Courtrai, également connue comme la bataille des éperons d'or, opposa Philippe le Bel et le comte de Flandres : les artisans tisserands flamands (qui utilisaient surtout de la laine importée de Grande-Bretagne) estimaient que les impôts levés par le roi français afin de contrarier ses ennemis anglais, étaient trop élevés.

    Il faut dire qu’en France, à ce moment-là, le snobisme à l’attitude « m’as-tu-vu » était interdit aux bourgeois. Car c’est en 1294 que Philippe le Bel avait promulgué une loi somptuaire qui réglait la table, les habits, la dépense, et fixait les bornes dans lesquelles chacun devait se tenir selon son état. Par exemple, il fallait être duc, comte ou baron pour se donner, à soi-même et à sa femme, quatre robes par an : « Nulle demoiselle, si elle n’est châtelaine ou dame de mille livres de terre, n’en aura qu’une. » Le prix qu’on autorisait de mettre aux étoffes était « dix sous l’aune de Paris », jusqu’à vingt-cinq ; seules les dames de qualité avaient le droit d’y mettre jusqu’à trente sous, et de prendre de la toile à « un sou huit deniers l’aune ». Quant aux "vilaines" (on nommait ainsi les femmes d'une naissance obscure, et "vilains" les hommes), il était ordonné qu’elles étaient privées de chars, qu’elles ne se feraient pas conduire le soir avec une torche de cire, qu’elles ne porteraient ni vert, ni gris, ni hermine, ni or, ni pierres précieuses, ni couronnes d’or ou d’argent. Avouez, que c’était une raison très valable pour faire ses valises et d’émigrer en Flandres sur-le-champ !

    D’ailleurs, cette même loi ne permettait que quatre plats pour les jours de jeûne, et trois pour les  autres jours, et défendait de mettre plus d’une sorte de viande ou de poisson dans un même plat ! Ainsi, au royaume de France et de Navarre, le délicieux waterzoi de poissons à la gantoise (avec des moules, crevettes grises, filets de sole, de lotte, de barbue et de Saint-Pierre) était strictement prohibé….  

     





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