• Année snoblissime !

     

    Surprise ! Et oui, les choses vraiment snobs sont – par définition – très rares. Mais ce ne fut pas par pure affectation que je vous aie snobé comme je sais si bien le faire. Il y avait-là aussi un déménagement (dans une ville au nom tellement enchanteur auquel aucun snob normalement constitué ne résiste), avec ma ménagerie et ma volière dont le transport est toujours extrêmement délicat. Il fallait que je m’occupe d’un ami (un des professeurs de golf, british of course, les plus convoités de ce bas monde, grand spécialiste de greens) venu pour me donner des conseils pour mon gazon raté par un jardinier indigène  ou encore deux maçons portugais (père et fils, spécialisés dans les murs en pierres depuis 9 générations) importés à grand frais pour restaurer l’enclos de mon jardin.

    Il y avait aussi des moments de détente divine et de débauche exquise quasiment forcés: depuis plus de quatre mois je suis privé de téléphonie et de connexion internet. Fin août j’ai contacté la société Orange pour la première fois. La personne en charge de la région où je séjourne désormais était alors en vacances. J’ai toujours du mal à concevoir que le petit personnel puisse prendre des congés. Soit ! L’insolence de la demoiselle mériterait toutefois qu’on l’abatte instantanément. Quant à son « responsable » : notez que ce terme n’a plus aucune valeur intellectuelle ou spirituelle dans certains cercles professionnels.

    Evidemment : la lenteur et la nonchalance peuvent être considérées comme « snobs », mais chez des gens ordinaires, elles sont insupportables. Une grande amie (elle connaît aussi le meilleur sommelier du monde et quelques héritiers Hermès) a demandé à un de ses connaissances (CEO chez Orange) d’intervenir mais cela n’a fait qu’énerver la demoiselle et son chef : du coup, ils m’ont rajouté deux semaines d’attente supplémentaires.  Début février 2015 j’aurai le téléphone. Après presque six mois. Selon mon amie milanaise (celle qui a débauché la bonne de Donatella Versace) c’est pire qu’en Italie et selon mon amie à Rabat (issue d’une grande famille de personnages publics proche du Palais), au Maroc, établir une simple ligne téléphonique n’aurait pas demandé autant de temps. Je devrais tenter le bakchich, mais j’ai peur qu’ils me punissent davantage… 

    Cet isolement a cependant un snob-appeal d’une haute aspiration, perceptible qu’aux snobs d’une catégorie supérieure et profusément blasée, ceux qui savourent être injoignables et intangibles : plaisir forcément impénétrable pour le peuple qui chérit le bruit, l’endimanchement et l’excitation. Voici donc mon souhait pour vous et pour cette nouvelle année : restez imperturbables, conservez votre flegme et snobez sans le moindre gêne. Par chance : l’époque s’y prête merveilleusement !

    Singulièrement vôtre,

    Anton@snoblissime.com